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Le désir de l’analyste, dialectique de l’extime

Publicado en Hétérité 11. Revue de Psychanalyse. Paris, France, nov.2014. Autor: Martín Alomo

L’hypothèse du sujet barré

En tant que psychanalystes, nous travaillons sur la production du sujet pris dans le désir, c’est-à-dire le sujet affecté par l’Autre du langage – manque-à-être – qui pourtant peut, par intermittences, être dans l’objet qui se découpe de l’articulation à l’Autre. Cet objet petit (a), comme l’a appelé Lacan, est un reste de la dialectique du sujet avec l’Autre. Ou ce qui est la même chose : ce n’est pas un être en soi une chose mais plutôt quelque chose qui s’ébauche, qui se découpe à partir des avatars entre le sujet et l’Autre.
D’autre part, n’oublions pas ce que Lacan nous enseigne à lire dans Le Banquet de Platon. Là, le désir en tant qu’amour érotique, Eros, est défini par Socrate face à la douceur d’Agathon et aux moitiés d’oranges d’Aristophane de la façon suivante : celui qui éprouve le désir pour quelque chose qu’il n’est pas […] qu’il ne possède pas. Ce qui veut dire que le désir est déjà une manifestation des illusions d’être touchées par le non-être qui provient de l’Autre et des autres. C’est justement le point que je souhaite soulever aujourd’hui. Je le formulerai ainsi : que la psychanalyse s’oriente grâce au désir et qu’en ultime instance elle puisse produire un désir nouveau, le désir de l’analyste, implique au moins trois questions :

1. En premier lieu, il s’agit des avatars du sujet, de ce qui se caractérise comme manque-à-être, au sein de quelque chose qui ne se définit en n’étant pas ou en ne possédant pas, c’est-à-dire le champ du désir.

2. Ensuite, la dialectique du sujet et de l’Autre à partir de laquelle est extraite un reste, objet (a), n’est pas une dialectique considérée en termes hégeliens mais plutôt une non dialectique kierkegardienne, c’està-dire anti-hégelienne

3. Enfin, c’est cette nouvelle subversion du sujet et cette antidialectique lacanienne du désir que nous pourrions appeler la dialectique de l’extime où l’Autre est extérieur au sujet tout en le déterminant, c’est certain, et en le sommant, lui intimant, lui parlant d’une certaine façon de l’intérieur. C’est pour cela, qu’il ne s’agit pas d’une antithèse qui viendrait nier une position première à partir d’une extériorité supposée. Non. Il s’agit plutôt d’un soupçon intime à propos de l’inconsistance et de l’incomplétude que la confrontation avec le désir de l’Autre distille depuis un dehors qui se trouve à l’intérieur. Il
s’agit donc d’un sujet qui, une fois qu’il advient au champ du désir, est déjà contaminé par le manque-à-être qui s’impose à lui, le divisant et le rendant hypothétique.

Dialectique de la destitution subjective et du dés-être

Cet état de fait m’amène à énoncer les questions suivantes qui se déduisent logiquement de l’énoncé : comment est-il possible que la pratique du manque-à-être au sein de ce qui se définit comme non être – le sujet et le désir de l’Autre – donne comme produit de l’acte analytique précisément un analyste ? Et comment ce résultat est-il possible si nous tenons compte du fait que pour produire son acte, l’analyste doit au moins trouver les coordonnées d’une certitude qui lui permette de conclure avec une certaine intégrité ? En plus, quel genre de désir est le désir de l’analyste si nous tenons compte du problème posé avec les deux questions suivantes ? Le désir de l’analyste est-il ce que l’analyste désire quand il se trouve dans sa fonction ou plutôt n’est-ce pas le nom d’un opérateur logique qui ne fait pas allusion au désir de ou au désir pour un objet déterminé ?

Je vais maintenant essayer de répondre à cette dernière question en posant que le dire désir de l’analyste se réfère à un élément qui fonctionne en tant qu’opérateur logique dans la direction de la cure.
Affirmer que le désir de l’analyste est un opérateur logique n’est pas si simple. En premier lieu parce qu’il s’agit d’un désir et si le désir est bien articulé à la logique des signifiants pourtant il n’est pas articulable en tant que tel. Cela signifie, entre autres, que ce dit désir de l’analyste, il faudrait le situer à partir de la logique signifiante mais sans qu’il s’agisse d’un élément significantisable ou mathématisable. Il n’y a pas de mathème ou de formule du désir de l’analyste. Peut-être que ce qui s’en approche le plus est l’algorithme qu’écrit Lacan dans « La proposition d’octobre 1967».

Ce n’est pas que cet algorithme fasse spécifiquement référence au désir de l’analyste. Mais nous pouvons y retrouver les différentes positions de l’analyste tout au long de la cure. Au moins deux, à la condition équivoque et donc éclairante, qu’il nous importe peu que ce soit l’analysant ou l’analyste dans cet algorithme ; c’est justement en cela qu’il nous permet de penser le début, le déroulement et la fin de l’analyse à condition de tenir compte que l’analyste, à la fin, est autre.
Ces deux places que je mentionnais sont les suivantes : d’un côté le signifié du sujet, position initiale qui peut advenir lors de l’entrée dans le dispositif (j’entends par là qu’il s’agit d’une position produite à partir de l’équivocité du sujet supposé au savoir, toujours en herbe, et pour cette raison même, bifide entre l’analyste et l’analysant inaugural). D’un autre côté, la place du signifiant, n’importe lequel, lieu qui se situe dans la structure lié au versant épistémique du transfert, S2.
Dans ce panorama, où pourrions-nous rencontrer le désir de l’analyste finalement ? Jusqu’à maintenant, j’ai pu y répondre de la façon suivante : en aucun lieu particulier et en revanche dans les deux ; plus précisément, pas localement dans la signification ou dans le signifié du sujet mais plutôt dans la mobilité même de ne pas se trouver – de ne pas être – ni dans un lieu ni dans l’autre. Selon moi, cette mobilité même peut être lue comme un indice du désir de l’analyste.
Et maintenant, je me demande quelle relation cela conserve-t-il avec la fin de l’analyse, avec le solde de savoir ce que peut obtenir quelqu’un qui a conclu. J’entends bien que la destitution subjective inhérente à la fin, elle-même est ce qui se met en jeu comme réponse aux transferts qu’un analyste soutient. La manifestation de cette variable est donnée par la mobilité, la plasticité de l’analyste à jouer aux jeux que ses analysants lui proposent chaque fois.
Dans L’envers de la psychanalyse, Lacan écrit le discours de l’analyste mais il est également possible d’y lire que le propre du dit discours est la possibilité de circulation ou de rotation des quatre.
C’est-à-dire que la psychanalyse même est un discours qui trouve sa spécificité dans la détection de l’impuissance des autres discours. Détail
qui ne la conduit pas à la même toute-puissance. Au contraire : c’est justement à partir de cette place, de ce point d’impuissance des discours, conjoncture des changements discursifs et inflexion de la rotation conséquente, que le discours analytique tient son efficacité.
Je pense que la capacité de l’analyste à se servir de la rotation des discours, de façon à y entrer et à en sortir, sans rester figé dans aucun, constitue une autre manifestation de l’aptitude qui peut s’obtenir uniquement à partir de la destitution subjective pratiquée lors de la fin de sa propre analyse.

Trois conclusions provisoires

1. Selon ce que je viens de dire, les coordonnées du désir de l’analyste sont données, par exemple, par les différentes places qu’un analyste peut occuper dans la cure : que ce soit en participant au soutien du transfert et du sujet supposé au savoir, en prenant la référence à la « Proposition d’octobre 1967 » ; ou que ce soit comme semblant d’objet (a) qui alterne sa position avec l’incarnation même de l’objet qui divise et angoisse, si nous prenons comme référence L’envers de la psychanalyse. De cela se déduit que le désir de l’analyste n’est pas ici ou là mais qu’il se manifeste dans la mobilité même que l’analyste peut mettre en jeu dans les analyses qu’il conduit, produit de la destitution subjective qu’il a acquise comme solde de sa propre analyse.

2. D’autre part, en ce qui concerne les relations esquives entre le désir et l’être, justement pour traiter le manque-à-être au sein du manque lui-même, peut advenir, lors de l’acte analytique considéré comme acte final, alors décisionnel, comme le définit Lacan dans le séminaire L’acte analytique, un analyste en tant que produit de la destitution subjective du sujet supposé au savoir qui avait soutenu le travail de déchiffrage solidaire de l’hystorisation sous transfert.

3. Tout cela nous amène à penser la question de l’analyste, comme résultat du trajet d’une analyse conclue. Après avoir dit que l’acte analytique, l’acte final corrélatif d’une position destituée est justement cela qui entrera en jeu après, une puis une autre fois, dans la direction de la cure de la part de l’analyste, produit de son analyse conclue, nous sommes en train de faire référence à la dimension éthique du problème. Couper la toile par ici ou par là est une décision que le tailleur (ou l’analyste) prend, non parce qu’il sait quel costume il veut créer mais parce qu’il a appris à couper. Et la coupe, quand la toile est un discours, est toujours composée de quelque matériau signifiant d’où il tire sa certitude ainsi que la ligne sans point par où donner le bon coup de ciseaux. Que ce soit pour trouver la sortie de sa propre analyse lors de l’acte conclusif et inaugural de l’analyste ou bien ensuite, pour s’exercer dans l’art de l’interprétation et dans le maniement du temps dans le transfert des analyses qu’il conduit.

Traduction : Isabelle Cholloux.

 

Rerencias:

1. Cf. Lacan, J. (1966). Le séminaire. Livre 10. L’angoisse. Paris, Le Seuil, 2004, pp. 199-212. (Leçon du 13 mars 1966)

2. Cf. Lacan, J. (1961). Le séminaire. Livre 8. Le transfert. Paris, Le Seuil, 2001, pp. 183-199. (Leçon du 8 février 1961).

3 Cf. Kierkegaard, S. (1844). Le concept de l’angoisse. Paris, Gallimard, 1990. Pour ma part, j’ai consacré un chapitre à la “non-dialectique” kierkegaardienne dans La elección en psicoanálisis. Fundamentos filosóficos de un problema clínico. Buenos Aires: Letra Viva, 2013.

4 Lacan, J. (1967). “Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’Ecole”. In Autres écrits. Paris, Le Seuil, 2001.

5 Lacan, J. (1970); Le Séminaire. Livre 17. L’envers de la psychanalyse. Paris, Le Seuil, 1991.

6 Cf. Lacan, J. (1972); “L’etourdit”. Scilicet, n° 4, París, 1973, 5-52. Egalement Fierens, Ch. (2002). Lectura de L’etourdit. Barcelona: S&P Ediciones, 2012.

7 Lacan, J. (1967-8). Seminario 15. “L’acte analytique”. (Inédit).

8 Nous nous référons ici à la leçon du 3 février 1965 pour “…le bon coup de ciseaux…” dans Lacan, J. (1965). Problèmes cruciaux pour la psychanalyse. Inédit. Avec Gabriel Lombardi, nous nous sommes longuement occupés de ce thème. Vg. Alomo, M.; Lombardi, G. (2011). “Buridan en la clínica: elecciones del ser hablante”. En Anuario de Investigaciones, Vol. XVIII, Tomo II, Fac. de Psicología, UBA, 2011, pp. 29-45.

9 Nous nous référons ici à la notion de “ligne sans points” commentée par Lacan lors de ses considérations topologiques dans “L’étourdit”.

Bibliographie:

-Alomo, M. ; Lombardi, G. (2011). “Buridan en la clínica: elecciones del ser hablante”. Anuario de Investigaciones, Vol. XVIII, Tomo II, Facultad de Psicología, UBA, 2011, pp. 29-45.

-Alomo, M. (2013). La elección en psicoanálisis. Fundamentos filosóficos de un problema clínico. Buenos Aires: Letra Viva, 2013.

-Fierens, Ch. (2002). Lectura de L’étourdit. Barcelona: S&P Ediciones, 2012.

-Kierkegaard, S. (1844). Le concept de l’angoisse. Paris, Gallimard, 1990.

-Lacan, J. (1961), Le séminaire Livre VIII, Le transfert, Paris, Le Seuil, 2001.

-Lacan, J. (1965), Séminaire Problèmes cruciaux pour la psychanalyse. (Inédit).

-Lacan, J. (1966), Le séminaire Livre X, L’angoisse, Paris, Le Seuil, 2004.

-Lacan, J. (1967), Séminaire L’acte analytique, (Inédit).

-Lacan, J. (1967), “Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’Ecole” in Autres écrits. Paris, Le Seuil, 2001.

-Lacan, J. (1970), Le Séminaire Livre XVII, L’envers de la psychanalyse. Paris, Seuil, 1991.

-Lacan, J. (1972). « L’étourdit », Scilicet, n° 4, Paris, 1973, 5-52.

 

 

(Está permitido utilizar el texto citando fuente y autor).

MARTIN ALOMO

Dr. en Psicología de la UBA

Para contactarse con Martín puede escribir a:
martinalomo@hotmail.com

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